J’ai cherché à comprendre pourquoi le FCAG surprend autant en ce moment; la circonstance de cette interrogation n’est pas banale : deux lits en réanimation, des écrans – un chacun, des drains, cinq par personne, des infirmières et des aides soignantes plutôt merveilleuses, belles et propres sur elles comme des poupées et qui vous passent le gant où vous n’oseriez jamais les laisser vous soigner si vous n’étiez sanglés. Mais que voulez-vous, avec des tuyaux partout, des flacons qui perfusent, du sang pleins les bouteilles, la tension qui égrène sa comptée chaque dix minutes et le prompteur de deux cœurs qui, lui aussi veille, des fois que…
Le hasard veut que mon voisin soit un vieux pilier droit d’Eauze ! Et que nous nous soyons rencontrés trente ans avant, sans coups férir… Pour l’heure, nous avons tous les deux les yeux flous des illuminés, alanguis, au lit comme des enfants qui font sous eux, vaincus, coupés en morceaux par les mêmes chirurgiens, qui, eux aussi, travaillent à deux. Mon collègue dans cette mêlée que la morphine a fait confuse a été débité la veille ; il a un petit temps d’avance, donc, sur ma lucidité.
La TV est en route ; elle grésille ; je ne dirais pas que nous visionnions le matche Auch Agen, nous y sommes plongés entre les grincements des appareils, les échos du Moulias, les trombes d’eau et les magiques gestes des joueurs heureux de se tremper comme des gosses.
Bien sûr que les stupéfiants n’ont rien à voir avec le spectacle tel que nous le vivons, immobiles, crucifiés. Bien sût que le matche est beau, tous simplement beau, fou de joie, même s’il est évident que Agen nous domine.
Encore une fois, à ce moment si particulier j’ai cherché à comprendre, j’ai fouillé au milieu des vagues à l’écran et des délires sous perfusion, jusqu’à ce qu’un grand troisième ligne pousse la porte de notre cambuse et nous rejoigne dans la vision de cette rencontre.
Après quoi, je lui demande une explication et voici celle qu’il me donne. Croix de bois, croix de fer, j’y crois :
« Tu sais, Grégory Patat, s’est défoncé à jouer passionnément mais sans trop de liberté balla en main pendant tant d’années ; la moitié de sa santé – celle qu’il n’a plus dans ses genoux, ses chevilles, il l’a laissée dans les regroupements.. Alors, maintenant qu’il entraîne il s‘offre le plaisir de voler en l’accordant aux autres… »C’est vrai que nous avions remarqué, mon pilier d’infortune et votre serviteur, que la moitié des essais marqués par le FCAG depuis le début de saison l’avaient été par des avants. Mon ami poursuivait :
« Par ailleurs, le job de Grégory est de rendre attractives des animations pour les jeunes, les dériver de la connerie. Gregory est sans cesse confronté à cette obligation là : faire adhérer, donner à croire à la joie à vivre… »L’explication du renouveau du FCAG commençait à prendre tournure ; il n’y manquait que son point d’orgue :
« Et puis, tu sais, Grégory est un type drôle, malicieux, joyeux… »Voilà, nous y étions !Vous me direz qu’il est facile de mettre en exergue un entraîneur pour expliquer la sortie des limbes d’une équipe, faite, au vrai, de nombreux talents. Sans parler du second entraîneur aussi efficace que discret.
Vous me direz que porter aux nues une seule personne ressort d’une idée trop simple. Bon, peut-être. N’en reste pas moins que je trouve soyeuse l’idée qu’un entraîneur heureux, moqueur, enclin à faire naître des envies de liberté chez ses joueurs, c’est une belle explication ne devant pas tout à la morphine ou à la pluie sur un écran.
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