sebastien Langue pendue

Inscrit le : 29 Avr 2005 Messages : 1300 Localisation : http://www.trobizar.com
| Sujet: C'était bien ? 2/2 Jeu 6 Mar - 13:41 | |
| Comme promis, voici la suite et la fin de "C'était bien ?" Bonne lecture ce we..
Oui, vous revenez de loin ! Souvenez vous encore, il y a peu, vous avez constaté ceci : la boite aux épices est vide d’émois surprenants à force d’y goûter ! La bague de fiançailles de votre Bernadette a servi à financer la deuxième auto d’occasion du ménage. Et puis, elle fait des bonds sous l’édredon quand elle entend parler de rugby.
Vous profitez encore parfois de ce qu’elle a d’élastique à ce moment là. Vous la happez entre les plumes de l’oreiller avec lequel elle feint de vous batailler. Vous la bisez à Noël, en souvenir de Yanaon, à Pâques en souvenir de Karikal et sans raison valable en mémoire de Mahé. Vous vous repassez deux doigts sur le bout de votre langue pour en chasser un poil bissextile. Si quelqu’un vous demande « C’était bien ? Vous vous répondez à vous même : « C’était quand ? »
Votre alibi-lit tient de moins en moins. Vous vous sentez perdu. Même pour le sport en chambre !
*
Oui, vous revenez de loin, mais ouf ! Tout cela n’est bientôt que du passé, car à présent, de nouveau, vous mourez de faim d’approches de villes hasardeuses, d’hôtels minablement négociés par un ami de votre vice président délégué. Ils se révélaient nids à punaises et les repas étaient froids ? Qu’importe ! Même les Express régionaux vous manquent. Vous vous rappelez avoir une nuit demandé à celui de vos piliers qui savait lire : « On est où ? ».
Il sortait d’un demi sommeil ensuqué. Il avait regardé hébété les panneaux de la gare défiler pendant que le convoi ralentissait. Il vous avait répondu, avant de se rendormir : « On est à … Homme-Dames ! » Que c’est loin, tout ça !
Oui, vous revenez de loin, mais un jour, vous vous révoltez. Vous faites Père Noël à vos réminiscences. Vous rêvez de retrouver vos crampons au pied de l’arbre. Bernadette vous a dit: « Je te jure, mon chéri que je ne sais pas où ils sont ! »
Un reliquat d’auroch ranime en vous le goût de la fumée qui sort son haleine lorsque vous entriez en mêlée..
*
Dans le même temps – bien fait pour elle ! – son passé resurgit aussi. Des rides au coin des yeux la marquent croit-elle. Ils patte-d’oient même lorsqu’elle ne rit pas ! Elle s’inquiète d’avoir trente ans, un peu plus même, Bernadette, tout comme Noémie, Amandine, Géraldine ou Chloé...
Elle ressent de nouvelles envies de « groupir » avec des copines. Elle rêve d’échanger de nouveaux secrets (ses ouies la travaillent) parfois même des concepts ! (Il y eût des intellectuelles parmi elles).
Lui manque par dessus tout l’extraordinaire avantage qu’elles aient été si peu nombreuses autrefois pour tant de si beaux bébés. Elle se demande, votre Bernadette : « Suis-je allée au bout de mes chances, seulement ? Au bout des bouts ? »
Elle n’en est pas certaine, non plus que Sophie ou Prosopopée, Anastasie ou Proserpine. Elles hallucinent à l’idée de rencontrer à nouveau leurs complices du temps jadis pour énumérer les bons coups qu’elles ont ratés, rejouer les parties, relancer les dés.
Elles font des nœuds à leurs mouchoirs en mémoire de ceux qui leur sont passés sous le nez. Il faudra qu’elles n’oublient pas de téléphoner..
*
L’heure est venue pour votre femme ou copine de livrer la seconde mi-temps de votre union. Vous la sentez libérée. Son passage par votre vie de couple l’a ouverte. Vos relations perçoivent sa floraison.
Elle débouche le flacon de son parfum de femme ! Ses membrures sont prêtes aux implants de mâts neufs. La cire coule de ses oreilles. Elle entend le chant des sirènes à grosses queues.
Elle vote en silence pour le retour de la sainte papouille, la redécouverte de la filière de la saillie, de la fête de la sauvette et du paradis interdit dans des monospaces modulables. Elle avait fini par faire de votre couche un nid d’apôtre. Vous n’osiez plus, certains soirs, chahuter les duvets.
Avouez-le.
*
De toutes façons, Bernadette ou Sibylline, elle se serait trompée à croire qu’un rugbyman porte longtemps son sabre au pieu seulement pour son impie femme. Car il n’est, au fond de lui, furieux qu’avec ses ennemis. Il se promet de ne plus brandir son sceptre sans maillot ! Sa crête, ne se redressera dorénavant qu’au sifflet. Ce qu’il a appris des citrons, à la mi-temps de la vie d’homme qu’il vous a consentie, s’est concentré dans le sucé de leurs quartiers. Ils sont secs ; il les jette.
Ses grands « Han ! », à présent, il les réservera, juré, aux terrains de rugby !
*
Par un effet mimétique, donc, de l’autre côté de l’évolution du couple, ces dames, après en avoir pris pour cinq ou dix ans des bonnes manières de leur homme assagi par son métier, finissent par trouver trop prévisible leur compagnon.
Elles sont impatientes de trébuchements dans les bras de quelqu’un qui les rattrape alors qu’elles glissaient au pied d’un pommier aux fruits de péchés mûrs.
Les catacombes, auxquelles on accède en passant par l’arrière salle d’un délicieux bistro rue de la Chaise, leur iraient. Elles riraient au milieu des crânes !
Plus elles y songent, et plus elles se rappellent n’avoir picoré sur la pelouse qu’une partie du grain répandu. On l’a déjà dit.
*
En plus, d’autres souhaitent être reconnues par leurs anciennes amies comme les bourgeoises qu’elles se croient devenues. Elles apprécieraient qu’on les présente comme les épouses de leurs « maris », avec le cul de poule que le mot d’épouse oblige à la bouche de former pour le pondre.
Le titre (rien moins) cumule un double contentement de soi plutôt malotru d’ailleurs. De la part de Monsieur, notamment, lorsque c’est lui qui le prononce.
D’abord, parce qu’il possède, n’est-ce pas, ce goujat ? Alors il vous en donne du mon épouse. Il viendra avec son épouse. Il demandera son avis à son épouse.. Comme s’il avait des châteaux à faire visiter, des chasses auxquelles inviter. Sa femme lui sert à tout ! De vanité et de résidence secondaire !
Quant au contentement d’elle, son épouse au Monsieur, elle est fière, l’ex luronne. Pensez, quelqu’un a daigné la prendre pour mégère à plein temps !
Pourtant, avant, souvenez-vous, il s’agissait, pour eux deux, non de Monsieur, ni de Madame, mais de Pierre et Marie. Quelle pitié ! Quelle ironie !
S’ils re-sortent grâce au rugby, la nouvelle Marie mariée va pouvoir amortir ses toilettes achetées pour le Golf de Saint Cloud où on la prend pour une parvenue.
Elle saura raconter les pays qu’ils ont faits, son époux et elle, envisager d’autres dégagements que chez les beaux parents qui commencent à les trouver envahissants, faire trotter son enfant gâté de trois ans.
Ce serait l’appartement qui le rendrait insupportable, croit-elle, alors qu’au vrai c’est de l’exhiber comme une star qui lui fait ne plus savoir, à ce narcisse, où sont les photographes. Il prend bien la lumière, déjà !
Et puis, tiens ! Elle en profitera pour sortir le chien. Il ne court plus après les balles qui font « pouet pouet ». Il est temps que « prout ma chère » se ventile et l’aère.
* Qu’elles soient aventurières ou nouvelle bêcheuse s’y croyant, le travail du retour sur soi de vos dames se fait donc.
Dans le même temps, vous, les hommes, comment résisteriez-vous plus longtemps à l’appel couillu de vos envies de mystifier un centre, de couper en deux un troisième ligne qui se croyait déjà dans l’embut, de chanter jusqu’au bout de la nuit ? Comment ne répondriez vous pas au signal que vous avez entendu en haut de vos cornes en forme de lyre ?
Un jour, en tout cas, en proie à une inspiration que vous attribuez à l’idée de passer l’aspirateur à fond dans l’appartement (Vous vous rendez compte à quoi vous vous étiez rendu !?). Vous avez même ouvert les armoires !
Et c’est là qu’ils vous sont tombés dessus, depuis une étagère ! Que faire sinon, les enfiler ? Quoi ? Vos crampons !
Vous éteignez l’aspirateur pour n’être incommodés en rien lors de votre essayage, pour conserver quelque chose de sacré à la cérémonie de reprise en mains de votre destin ! Ils vous vont ! Larmes aux yeux, vous les cirez..
Pendant une heure il y a un blanc dans votre vie d’homme qui aurait retrouvé son ange. Après quoi vous les replacez où votre félonne les avait cachés. Vous refermez la penderie. Vous rallumez l’aspirateur. Un observateur ignorant se dirait : « Il n’y pense plus ».
Erreur ! Même si six mois passent. Car un soir, lorsque votre Aphrodite rentre, vous lui dites :
— Tu ne devineras jamais, chérie, qui vient d’appeler ? Mais si, souviens-toi.. Le grand roux couverte de boue, le grand roux sous les « Hou ! Hou ! » Parce qu’il avait plaqué haut.. Celui qui avait voulu t’embrasser plus tard.. Oui.. Lui. ! Il est venu à notre mariage, tu te rappelles ?
En tout cas, vous, le mari, vous vous en souvenez très bien. Même que ça vous fait bizarre – à bien y réfléchir. Car le grand « Hou ! Hou ! » en l’occurrence, il avait passé deux doigts sur le bout de sa langue.
Il y avait pincé quelque chose qui le faisait zézayer. Il avait répondu « Pas mal du tout !» à un autre joueur invité qui l’avait interrogé..
Au fait, il lui avait posé quelle question, au grand « Hou ! Hou ! », celui-là, avant de s’entendre rétorquer « Pas mal du tout.. » ? Ah ! Oui : « Comment tu trouves la soirée ? »
* Extrait de « Il faut sauver le soldat Jules » - Chez http://www.edilivre.com/doc/2471 • (Sélectionné par «La Vénus littéraire » - bigre !!) - Plus d’info ? C’est ici _________________ "L'idée de la joie" vient de paraître chez http://www.edilivre.com/doc/2119 http://www.loygue.com |
|