«Le professionnalisme a-t-il tué l’école du jeu ?», c’était le sujet du débat qui ouvrait la soirée de ces 10e rencontres en Séronais ce vendredi 4 septembre à Labastide de Sérou.
Jaques Verdier, rédacteur en chef de Midi Olympique et animateur du débat, les lança en citant le philosophe Michel Serre: «Façon très identitaire de s’exprimer, le rugby de l’époque était porteur de la terre sur laquelle il se pratiquait.
On ne jouait pas le même rugby à Toulon qu’à Agen, guerrier pour l’un, gaulois porté sur l’offensive pour l’autre»
«Ces identités n’ont-elles pas disparu, reste-t-il une identité à la française ?» demanda alors Jacques Verdier à Jean-Claude Skréla, à Jérôme Cazalbou, à Richard Astre, à Abdélatif Bénazzi et à Jean-Michel Aguirre, les prestigieux débatteurs du jour.
Jean-Claude Skréla: «le professionnalisme n’a pas tué le jeu à la française, mais le jeu pratiqué par les équipes professionnelles s’est standardisé, il a été codé alors que la plupart des clubs amateurs ont conservé leur identité régionale» le préalable étant pour Richard Astre de définir ce qu’est le beau jeu.
Celui des Boniface et du grand Lourdes doit-il être la référence? L’ancien demi de mêlée du non moins grand Béziers, plutôt que de parler de jeu identitaire, préfère invoquer un jeu de contournement qui s’adapte aux circonstances.
Remontant dans le temps, Jean-Michel Aguirre rappelle que le jeu de l’équipe de France était fait d’attaques et de relances jusqu’en 1977, un paquet d’avants conquérant composé des Cholley, Imbernon et consorts permettant alors de pratiquer un jeu plus construit avec, pour résultat, un grand chelem dans le tournoi de cette même année.
Son constat sur le rugby actuel est sans concession: l’identité régionale a disparu, le rugby ayant été gangrené par une espèce de phénomène de mondialisation où tout changement de rythme a disparu, même s’il ne manque pas d’intensité.
Pour Abdélatif Bénazzi, le rugby français doit toujours faire la part belle à l’improvisation, à «l’intelligence situationnelle» chère à Pierre Villepreux et que redoutent les Anglo Saxons.
Pour Jérôme Cazalbou, il est difficile d’identifier une identité de jeu à la française; pour lui, plusieurs écoles de jeu existent, même s’il dénonce une homogénéité certaine, le rugby pratiqué par le Stade Toulousain ayant toutefois sa préférence.
Pragmatique, Jean-Claude Skréla précise que la meilleure identité est celle qui permet de gagner, en s’adaptant à toutes situations et en mettant en place la meilleure stratégie aux moyens de vidéos, etc.
Mais la meilleure adaptation ne suffit pas, surtout dans l’espoir de conquête du titre de champion du monde. Il y faut également la meilleure organisation et la mise en place d’un système de jeu.
Le grand ordonnateur de la journée, Henri Nayrou, intervint alors pour regretter que les jeux à la lourdaise, à la montoise, à la catalane, tous les jeux identitaires, aient disparu.
«Le jeu s’est standardisé, poursuivra-t-il, comment voulez-vous que perdurent ces identités quand, dans une même équipe, figurent des joueurs de tant de nationalités différentes? La genèse du jeu a été brouillée par ce nouveau rugby»
Jean-Michel Aguirre ne le démentira pas: «les entraîneurs sont des professionnels avec, pour consigne, les résultats à tout prix. Dans un minimum de temps et avec des joueurs de plusieurs nationalités, ils doivent mettre en place un jeu efficace fait d’un bon plan défensif et où toute circulation de balle est codifiée. Et tout le monde répète ces schémas de jeu qui devient prémâché»
Le débat se concluait sur ce constat amer, l’heure de la remise des prix du challenge du fair play et de l’offensive étant venue.
5 clubs seront récompensés pour leurs mérites au cours de la saison 2008/2009, Mirepoix, l’Andorre, le Haut Salat, Foix et l’Etoile Sportive Laroquaise qui se verra remettre le 1er prix (1 chèque de 1 000 € + 1 jeu de maillots) pour avoir décroché le titre de champion de Pyrénées Honneur et avoir accédé aux demi-finales du championnat de France.
Cette magnifique journée se terminera au centre national du cheval de Mérens par un apéritif suivi du dîner officiel où ne furent servis que de succulents produits de terroir, Gérard Cholley, pilier de référence s’il en est, recevant, dès avant le 1er coup de fourchette, le trophée à patte d’ours, 1er prix de l’open de golf «Souvenir Paparemborde» qui s’était déroulé dans la journée sur le golf de l’Ariège.
Le groupe basque de Pampi Labuche, ancien champion du monde de pelote basque, accompagnera de son talent et de sa bonne humeur ce repas de clôture qui se passa dans la meilleure des ambiances.
